Je ne veux pas d’enfants. Je n’en ai jamais voulu, et j’ai d’excellentes raisons pour cela. Je ne vais pourtant pas chercher à vous convaincre, car elles sont toutes fausses. Mon soucis de préserver la planète ? Du pipeau. Ma précarité financière ? Du vent ! Les craintes d’un avenir incertin ? Absurde !
Tous ces arguments sont a priori très valables. On peut toujours leur en opposer d’autres, mais il y a peu de chances qu’un contre-argument me fasse changer d’avis : aucune des raisons que je peux énoncer n’explique ma position. Tout au plus peuvent-t-elles la justifier, la rendre compréhensible au yeux d’autrui. Elle n’est pas rationnelle.
Mes opinions ne me semblent plus être des vérités découlant de la raison, mais émergent spontanément. Du coup, je ne ressens plus ce besoin de convaincre les autres, ou de me défendre de leur différence. Cette spontanéité m’est propre, et en elle-même elle ne demande pas à être partagée.
C’est toute la différence entre penser que « c’est mal de vouloir des enfants » et que « je ne veux pas avoir d’enfant ». La tendance est plutôt d’être convaincu que. Ce qui pose problème, c’est d’être convaincu de la rationnalité de nos goûts/opinions. Parce que chaque fois que l’on recours à un argument
C’est pourquoi j’évite en général de discuter sérieusement beaucoup de sujets. J’ai conscience que mes raisons ne sont pas les raisons de mes opinions, et qu’en fait je les ai développées et adoptées a posteriori. Or, c’est ce que l’on fait tous quasiment à chaque fois pour nos goûts, nos opinions et nos sentiments.
Du coup, cela n’a plus rien de surprenant qu’il soit si difficile de convaincre quelqu’un “qui se trompe” !
Incidemment, c’est une des raisons pour lesquelles ce blog n’a pas de commentaires : je suis très intéressé(1) de savoir ce que mes mots peuvent vous évoquer, mais je n’ai aucun désir de vous convaincre de quoi que ce soit, et encore moins celui de voir des commentaires rivaliser en assauts de logique (ou de mauvaise foi) pour confirmer ou infirmer ce que j’exprime.
Et ça marche aussi pour les goûts : le reblochon ! Et pour l’amour !
Le truc pervers, c’est que le fait de penser que nos justifications expliquent nos goûts/opinions/sentiments…